GUIDE · ATRD 7
Segments T1 à T4 / TP
↳ la nomenclature, segment par segment
La nomenclature ATRD des sites gaz, segment par segment. Seuils de consommation, caractéristiques du raccordement, mode de comptage, ordres de grandeur tarifaires. Le cadre que tout courtier gaz doit avoir en tête.
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Une nomenclature à cinq étages
Tout site gaz raccordé en France est classé dans l'un des cinq segments de la nomenclature ATRD : T1, T2, T3, T4, TP. Ce classement n'est pas un choix commercial — il découle mécaniquement de la consommation annuelle du site et, pour les plus gros, du niveau de pression auquel le client est raccordé. Le segment commande la grille tarifaire applicable, le mode de comptage, et la nature des informations dont le courtier disposera pour coter.
Les seuils qui suivent sont ceux structurant la grille ATRD historique, repris à l'identique sous ATRD 7. Ils sont volontairement étagés sur des ordres de grandeur larges : un site reste dans son segment pendant des années, tant que sa consommation ne traverse pas durablement un palier.
T1 — Résidentiel et très petit tertiaire
Sites consommant moins de 6 MWh/an. C'est le segment du résidentiel et du tertiaire de très petite taille : cabinet médical individuel, petit local commercial chauffé au gaz, copropriété sans chaufferie collective. Représente le plus grand nombre de PCE en France mais le plus faible volume agrégé.
Compteur traditionnel ou communicant Gazpar, relevé semestriel — la facturation intermédiaire est assise sur des estimations. Pas de profil de consommation à la maille fine : on connaît la consommation annuelle, pas la courbe.
Abonnement annuel modeste — quelques dizaines d'euros — et part variable au kWh la plus élevée des cinq segments. La logique est claire : un petit site supporte une part proportionnellement plus grande de coût marginal au kWh, parce que les charges fixes du gestionnaire se répartissent sur peu de volumes.
Pour le courtage B2B, le T1 reste un segment de bas de portefeuille. Il fait l'essentiel des volumes en nombre de contrats mais une part faible du chiffre d'affaires commissionné. Beaucoup de cabinets l'écartent volontairement de leur prospection active, sauf en logique de portefeuille acquis ou de service à un client multi-sites qui possède aussi quelques petits sites.
T2 — Petit et moyen tertiaire
Sites consommant entre 6 et 300 MWh/an environ. C'est le segment du tertiaire « actif » au sens du courtage : bureaux, commerces de centre-ville, petites surfaces alimentaires, cabinets médicaux groupés, écoles, copropriétés avec chauffage collectif au gaz, petits hôtels. Représente le cœur du marché B2B gaz pour la majorité des cabinets de courtage.
Compteur Gazpar ou compteur de moyenne capacité avec relevé à distance. Le relevé devient en général au moins mensuel sur la partie haute du segment — ce qui ouvre l'accès à des données de consommation plus fines. La saisonnalité est forte et identifiable : un site de bureaux consomme l'essentiel de son gaz en hiver, un commerce alimentaire avec process chaud (boulangerie, restauration) plus uniformément.
Abonnement nettement supérieur au T1 — quelques centaines d'euros par an — et part variable au kWh plus basse. Sur un site moyen-haut de la fourchette T2, l'ATRD pèse couramment dans la fourchette indiquée en page d'introduction du guide. C'est aussi le segment où le « risque de bascule » vers le T3 mérite d'être surveillé pour les sites en croissance ou avec extension récente.
T3 — Tertiaire haut et petite industrie
Sites consommant entre 300 et 5 000 MWh/an environ. C'est le segment qui couvre les gros sites tertiaires (centres commerciaux, grands hôtels, hôpitaux, lycées et collèges, gros immeubles de bureaux) et la petite industrie (PME agroalimentaires, blanchisseries industrielles, ateliers de production avec four ou chaudière process). Volumes individuels significatifs ; nombre de sites bien moindre que T2 mais chiffre d'affaires commissionné par contrat élevé.
Compteur moyenne ou haute capacité avec télérelevé M1 — relevé mensuel à distance — systématique. Le courtier dispose d'un historique mensuel ferme, qui permet une cotation fondée sur les volumes réels et leur saisonnalité réelle. La modulation hiver/été est forte et exploitable commercialement : un client qui consomme 80 % en hiver n'a pas le même profil de coût qu'un client qui consomme 50 % été / 50 % hiver.
Abonnement annuel passant en milliers d'euros, part variable au kWh sensiblement plus basse qu'en T2. La dégressivité par segment commence à peser pour de bon : sur un site en sortie haute de T2 qui basculerait en T3, le profil tarifaire évolue de façon significative, et l'ATRD ramené au MWh consommé diminue.
T4 — Industriel et très gros tertiaire
Sites consommant plus de 5 000 MWh/an tout en restant raccordés au réseau de distribution. Les industriels lourds (chimie, papeteries, verre, agroalimentaire de grande taille), les très gros hôpitaux et CHU, les data centers à backup gaz, certains très grands campus tertiaires. Population restreinte, chacun connu individuellement par son fournisseur et son gestionnaire de réseau, contrats souvent négociés à la main.
Compteur de très haute capacité, télérelevé J0 — relevé quotidien — pratiquement systématique. La courbe de consommation est connue jour par jour, parfois à la demi-heure pour les sites les plus suivis. Le courtier dispose d'une visibilité opérationnelle proche de celle qu'on a sur un site C2 électrique. Modulation parfois rendue par des plans de délestage ou des contrats interruptibles côté fourniture, qui changent la cotation amont mais pas l'ATRD lui-même.
Abonnement annuel pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros, part variable au kWh la plus basse des quatre segments distribution. Le poids relatif de l'ATRD dans la facture HT diminue à mesure que la consommation augmente — un T4 lourd voit la fourniture peser bien plus que le réseau, contrairement à un T1 où c'est l'inverse.
TP — Sites raccordés au réseau de transport
Sites consommant des volumes très importants, raccordés directement au réseau de transport haute pression, sans passer par un gestionnaire de distribution. Industriels lourds installés à proximité d'une artère GRTgaz, certains terminaux gaziers, centrales électriques au gaz, gros consommateurs de la pétrochimie. Population très restreinte — quelques centaines de sites en France.
Un site TP ne paie pas un ATRD au sens strict, puisqu'il n'utilise pas de réseau de distribution. Il acquitte un tarif d'acheminement transport (relevant de l'ATRT) avec une structure dédiée. On classe néanmoins le TP dans la même famille opérationnelle que les T1-T4 parce que la logique cotation, la périodicité de relevé et la nature de la relation client en font un cas voisin du T4 dans la pratique courtière.
Comptage à la demi-heure, courbe de consommation entièrement transparente, contrats fortement individualisés. La cotation gaz d'un TP relève d'un savoir-faire spécifique — souvent confié à un cabinet dédié grands comptes, pas au courtage tertiaire classique. Sur les cinq segments, c'est celui qui pèse le plus en volume agrégé pour un nombre de contrats minime.
Le mode de comptage : M1 contre J0
Le mode de relevé du compteur n'est pas un sujet purement technique — il commande directement la finesse de cotation accessible au courtier. Deux familles cohabitent dans le périmètre B2B.
Le compteur transmet ses index une fois par mois, en général entre le 1er et le 5 du mois suivant. Standard sur la quasi-totalité des T3 et la partie haute du T2. Permet de reconstituer un historique mensuel ferme sur 12 à 36 mois, exploitable directement pour coter sur la saisonnalité réelle du site, et non sur un profil-type.
Le compteur transmet ses index chaque jour, généralement dans la nuit pour disposer du J-1 au matin. Standard sur la quasi-totalité des T4 et TP. Donne accès à une courbe de charge journalière, qui permet une cotation très fine — notamment pour des contrats avec engagement de volume mensuel ou clauses de modulation.
La granularité de comptage conditionne aussi la qualité des données qu'un courtier peut récupérer auprès du gestionnaire de réseau dans le cadre du portail de mise à disposition des données. Un T2 en compteur Gazpar permet de récupérer un historique mensuel reconstitué ; un T3 ou T4 donne accès à des courbes plus complètes, exploitables dans une cotation pluriannuelle.
L'arbre de décision côté courtier
En pratique, voici ce que la nomenclature ATRD impose comme premier réflexe avant de coter un site gaz. Quatre questions, dans cet ordre.
- Quel gestionnaire de réseau ? GRDF par défaut, mais ELD possible sur certaines zones — il faut le vérifier au PCE, pas le supposer. La grille tarifaire change.
- Quel segment ATRD aujourd'hui ? Information disponible sur la facture du client ou auprès du gestionnaire de réseau. Si la consommation est proche d'un seuil (300 MWh, 5 000 MWh), regarder les trois dernières années pour voir si une bascule est imminente.
- Quel mode de comptage ? M1 ou J0 — détermine la nature des données disponibles pour la cotation.
- Quels postes additionnels éventuels ? Sur les T4 et TP, des composantes spécifiques peuvent s'appliquer — souscriptions de capacité, pénalités de dépassement. À regarder en lecture de facture, pas à supposer.
Le cas des sites pluri-segments
Certains clients multi-sites mélangent plusieurs segments dans un même portefeuille. Un groupe avec 30 agences commerciales en T2 peut posséder aussi 3 entrepôts logistiques en T3 et 1 unité de production en T4. La cotation et le contrat-cadre doivent tenir compte de cette hétérogénéité — un seul fournisseur, une seule date de fin de contrat éventuellement, mais des grilles ATRD différentes selon les sites.
Cette segmentation interne au portefeuille du client est aussi un angle de conversation : un courtier qui ramène la photographie des segments de son client (« vous avez 12 % du volume sur des T1 qu'on pourrait sortir du périmètre coté ») construit une vraie valeur d'analyse, pas seulement une vente d'offre.
Et la suite
La nomenclature ATRD étant maintenant claire, la page suivante regarde l'autre dimension structurante du paysage gaz français : la coexistence entre GRDF et les ELD gaz. Régaz à Bordeaux, R-GDS à Strasbourg, et une vingtaine d'autres opérateurs locaux fixent leurs propres grilles ATRD — distinctes de celle de GRDF, parfois sensiblement. C'est la suite logique de ce guide : ELD gaz : Régaz, RGDS et autres.