GUIDE · ATRD 7
ELD gaz : Régaz, RGDS et autres
↳ le 5 % qui change tout
GRDF couvre 95 % du territoire. Le reste relève d'une vingtaine d'entreprises locales de distribution, chacune avec sa propre grille ATRD. Comment les identifier, où trouver leurs tarifs, comment intégrer cette diversité dans une cotation cohérente.
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Une exception qui pèse plus qu'il n'y paraît
Quand on lit les chiffres officiels, on retient un ratio : GRDF dessert environ 95 % du territoire gazifié français. Les 5 % restants relèvent d'opérateurs locaux, héritage de l'histoire industrielle de plusieurs métropoles françaises où la distribution publique de gaz s'est constituée avant que GDF n'absorbe la majorité des concessions au XXe siècle. On serait tenté d'écarter ce 5 % comme un cas à la marge.
Ce serait une erreur. Les zones desservies par les ELD gaz incluent des métropoles entières — Bordeaux, Strasbourg, et tout leur tissu économique B2B. Un courtier dont la prospection couvre l'Île-de-France croisera GRDF presque exclusivement ; un courtier opérant à l'échelle nationale rencontrera les ELD régulièrement, et son outil de cotation doit savoir les traiter. Le ratio territorial n'est pas le bon indicateur : c'est la part de PCE B2B significatifs que représentent ces zones qui compte.
Les principales ELD gaz à connaître
Une vingtaine d'ELD gaz coexistent avec GRDF sur le territoire français. Les principales, classées par taille de zone desservie :
Gestionnaire du réseau de distribution sur la métropole bordelaise et plusieurs communes alentour. C'est la plus grande ELD gaz française par volume distribué. Couvre un tissu B2B significatif : sièges régionaux, sites tertiaires, industries agroalimentaires de la région. Sa grille ATRD est publiée séparément de celle de GRDF et fait l'objet d'une délibération CRE propre.
Distribue le gaz sur Strasbourg et plusieurs dizaines de communes de l'Eurométropole et du Bas-Rhin. Filiale de R-GEG, dont la branche électrique opère sous le nom Strasbourg Électricité Réseaux. Sa zone couvre un bassin industriel et tertiaire majeur de l'est de la France, avec une part B2B importante du portefeuille gaz régional.
À distinguer soigneusement de Régaz : Gaz de Bordeaux est le fournisseur historique de gaz sur la zone bordelaise, là où Régaz est le gestionnaire de réseau. La séparation a été opérée comme partout en France entre l'activité de réseau régulée et la fourniture concurrentielle. Pour un courtier, c'est Régaz qui détermine l'ATRD applicable, pas Gaz de Bordeaux.
Distribue le gaz à Colmar et plusieurs communes du Haut-Rhin. Acteur historique de la distribution multi-énergies en Alsace. Volume B2B plus modeste que Régaz ou R-GDS mais réel : industries du textile, viticulture, tertiaire colmarien.
Une quinzaine d'ELD plus petites couvrent des zones limitées à quelques communes ou à une intercommunalité. Citons à titre d'exemples Gaz de Barr en Alsace, Gedia à Dreux, Sorégies dans la Vienne, Énergie & Services de Seyssel, Gaz Électricité de Grenoble (GEG) sur certaines communes, R-Gaz et plusieurs régies municipales en Alsace-Moselle. La liste exhaustive est tenue à jour par la CRE. Chacune publie sa propre grille ATRD.
Identifier l'ELD applicable à un site
Pour un courtier qui prépare une cotation, identifier le gestionnaire de réseau ne se devine pas — il se vérifie. Trois méthodes coexistent, qu'il faut connaître.
Par la facture du client
La méthode la plus directe. Sur toute facture de gaz d'un client B2B, le gestionnaire de réseau de distribution est mentionné — généralement dans la zone détaillant la composante d'acheminement, parfois dans les mentions techniques en pied de facture. Le nom apparaît en clair : « GRDF », « Régaz », « R-GDS », etc. C'est l'information la plus fiable parce qu'elle correspond à ce qui est effectivement facturé.
Par le PCE
Le Point de Comptage et d'Estimation est rattaché à un gestionnaire unique. Le PCE GRDF a 14 chiffres ; les ELD utilisent des formats parfois différents, qui permettent à un œil exercé de reconnaître l'opérateur. Pour les courtiers gérant un portefeuille volumineux, croiser le PCE avec une table d'attribution maintenue à jour est plus rapide qu'une lecture de facture, mais suppose un outillage dédié.
Par la commune
Cette méthode est la moins fiable mais reste utile en pré-diagnostic. Une commune est en général desservie par un seul gestionnaire pour le gaz — mais des exceptions existent, notamment aux frontières de zones, dans certains hameaux rattachés, ou pour des sites raccordés via un piquage particulier. La règle générale tient : si la commune est dans la zone d'une ELD historique (Strasbourg, Bordeaux, etc.), le site est presque toujours sur l'ELD ; ailleurs, c'est GRDF. Mais cette approche ne dispense jamais d'une vérification par PCE ou par facture avant de coter.
Pourquoi les grilles diffèrent
L'ATRD d'une ELD n'est pas une simple variante de celui de GRDF. Les grilles sont fixées indépendamment, par des délibérations CRE distinctes, sur la base des coûts propres à chaque gestionnaire. Trois facteurs principaux expliquent les écarts.
L'échelle. GRDF amortit ses coûts fixes sur des millions de PCE et des dizaines de milliers de kilomètres de réseau. Une ELD couvrant quelques dizaines de milliers de PCE n'a pas accès aux mêmes économies d'échelle. À segment égal, les coefficients ATRD d'une ELD peuvent donc être sensiblement différents — pas toujours plus élevés, parfois moins, selon la densité du réseau et la structure de la consommation locale.
La structure du parc. Une ELD industrielle (avec une forte proportion de T3-T4) a un mix tarifaire et une exposition aux volumes très différente d'une ELD tertiaire-résidentielle. Cela se traduit dans la dégressivité segment par segment.
Le plan d'investissement. Le tarif ATRD couvre les investissements de modernisation et d'extension du réseau, planifiés pluri-annuellement. Une ELD en phase d'investissement lourd peut avoir des coefficients temporairement plus élevés ; une autre, sur un réseau mature et bien amorti, plus contenus.
Pour le courtier, retenir : on ne peut pas « extrapoler » la grille ELD à partir de la grille GRDF, ni l'inverse. Chacune doit être manipulée avec ses propres coefficients, mis à jour à chaque révision annuelle.
Où trouver les grilles ELD
Trois sources, dans cet ordre de fiabilité :
- Le site officiel du gestionnaire de réseau. Chaque ELD publie sa grille ATRD en vigueur — généralement sous forme de plaquette tarifaire PDF, mise à jour à chaque révision. C'est la référence opérationnelle pour la cotation. Les sites de Régaz-Bordeaux, R-GDS, Vialis ou Gedia hébergent leurs grilles dans la section professionnels ou la section tarifs.
- Les délibérations CRE. Chaque grille ATRD ELD est fixée par une délibération CRE publiée au Journal officiel. C'est la source de droit, à consulter en cas de doute sur la grille « officiellement applicable » à une date donnée. Disponibles sur Légifrance ou sur le site de la CRE.
- Les agrégateurs spécialisés. Plusieurs sources sectorielles publient des comparaisons consolidées entre GRDF et les principales ELD. Pratiques pour un coup d'œil rapide, mais à recouper avec les sources primaires en cas de cotation engageante.
L'enjeu opérationnel pour un cabinet
Tenir à jour une vingtaine de grilles ATRD distinctes n'a rien de spécifiquement complexe — c'est de la gestion de référentiel. Mais c'est un travail qui ne se fait pas par soi-même : il suppose un mécanisme régulier de veille, et la capacité à mettre à jour ces grilles à chaque révision annuelle, sans attendre qu'un client signale un écart sur sa facture.
Dans un cabinet en croissance, c'est l'un des points où la maturité opérationnelle se voit. Les cabinets qui ont structuré leur cotation autour d'une table de référence centralisée intègrent GRDF et les ELD avec la même rigueur ; ceux qui calculent l'ATRD « à la main » dans chaque cotation ont tendance à se rabattre sur la grille GRDF par facilité, et à se rattraper après-coup lorsqu'un écart apparaît. Le second mode est gérable sur un portefeuille restreint ; il devient ingérable au-delà.
La cohérence pluri-sites
Un cas concret qui revient régulièrement : un client multi-sites avec des implantations dans plusieurs zones ELD différentes. Imaginez une enseigne nationale avec une boutique à Bordeaux (Régaz), un dépôt logistique à Strasbourg (R-GDS), trois bureaux en région parisienne (GRDF), et un site industriel en Alsace (Vialis ou Gedia selon la commune).
La cotation cohérente d'un tel portefeuille suppose :
- D'identifier le gestionnaire de réseau de chaque PCE individuellement, sans les confondre par défaut sur GRDF ;
- D'appliquer la bonne grille ATRD à chaque site, avec son segment propre ;
- De rendre lisible au client la composante d'acheminement par site, et l'agrégat consolidé ;
- De gérer les révisions annuelles différenciées — GRDF et les ELD révisent en général à la même date du 1er juillet, mais les ampleurs d'évolution diffèrent selon le gestionnaire.
Ce travail est répétitif et exposé à l'erreur s'il est mené manuellement. C'est typiquement le périmètre que doit couvrir un outil de cotation gaz digne de ce nom — et le critère sur lequel se distinguent les cabinets qui ont industrialisé leur back-office de ceux qui ne l'ont pas encore fait.
Et la suite
La nomenclature ATRD étant cadrée et la cartographie des gestionnaires posée, la page suivante regarde le mécanisme qui fait évoluer ces grilles chaque année : la révision du 1er juillet. Calendrier, processus de délibération, ce que doit faire un cabinet en amont. La révision du 1er juillet.