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GUIDE · MÉCANISME DE CAPACITÉ

La prime capacité sur la facture B2B

↳ comment ça se calcule, ligne par ligne

Comment la prime capacité se calcule, où elle apparaît dans une cotation, et combien elle pèse selon le profil d'un client C4 ou C5. Le coefficient horosaisonnier décortiqué.

10 min de lecture · page 3 sur 5

Où la prime capacité apparaît dans un contrat B2B

Sur une cotation d'électricité B2B sérieusement décomposée, le prix au MWh se présente comme une somme de composantes : énergie, capacité, certificats d'économie d'énergie (CEE), marge commerciale. La ligne « capacité » correspond à la prime capacité — la part du contrat qui finance l'obligation capacitaire du fournisseur sur le périmètre client.

Sur la facture mensuelle, elle apparaît soit dans la ligne « fourniture d'énergie » (agrégée avec les autres composantes), soit en ligne distincte sous l'intitulé « prime capacité » ou « contribution capacité ». Les fournisseurs qui factorisent peu et les courtiers qui décomposent transparent rendent cette ligne explicite. C'est une bonne pratique : elle évite la confusion avec la CSPE ou les taxes, et elle permet au client de comprendre les évolutions d'année en année.

La formule de base

La prime capacité d'un site, sur une année donnée, se calcule à partir de deux grandeurs :

Le coefficient horosaisonnier capacité

Un coefficient (en kW de capacité par MWh consommé) qui dépend de la répartition horosaisonnière de la consommation du site. Plus la consommation tombe sur les heures de pointe hivernales, plus le coefficient est élevé. Il est calculé par le fournisseur à partir du profil prévisionnel ou réel du client.

Le prix de la garantie

Le prix unitaire d'une garantie de capacité, exprimé en €/kW (ou €/MW divisé par 1000), pour l'année de livraison concernée. Issu des enchères et du gré à gré, voir la page précédente.

La formule qu'utilisent les fournisseurs est donc :

Le résultat se traduit, sur la cotation, en €/MWh. Selon les profils et le prix de marché du moment, on observe des contributions capacité qui se situent dans une fourchette représentant quelques pour cent du prix HT global d'un contrat B2B — pas négligeable, surtout sur les sites à forte consommation hivernale.

Le coefficient horosaisonnier, levier principal

À prix de garantie donné, ce qui fait varier la prime capacité d'un client à l'autre, c'est le coefficient horosaisonnier. Il reflète quand le client consomme — pas combien. Trois logiques se cumulent :

1. La saison. La consommation d'hiver (novembre à mars) pèse infiniment plus que celle d'été. Un site qui chauffe à l'électricité hérite d'un coefficient nettement plus élevé qu'un site dont la consommation est régulière toute l'année.

2. Le poste horaire. Dans l'hiver, les heures de pointe (en gros 7 h–13 h et 17 h–21 h) pèsent plus que les heures creuses nocturnes. Un site qui tourne sur ces créneaux contribue à la pointe nationale ; un site qui consomme la nuit n'y contribue pas, ou très peu.

3. Les jours PP1/PP2. Au cœur du dispositif : les jours désignés par RTE comme les plus tendus (typiquement une dizaine à une trentaine de jours par hiver). C'est sur ces jours, et plus précisément sur les heures de pointe de ces jours, que la consommation pèse maximalement dans le calcul de l'obligation. Pour comprendre comment RTE désigne ces jours, voir la page sur la pointe mobile.

Sur un site équipé d'un compteur communicant, le fournisseur dispose de la courbe de charge horaire. Il peut donc calculer un coefficient personnalisé. Sur un site qui n'a que des index relevés mensuellement (C5 sans télérelève fine, par exemple), il applique un profil-type Enedis correspondant au segment et au mode d'occupation déclaré.

Un exemple chiffré sur un C5

Prenons un cabinet d'avocats parisien, profil tertiaire urbain. C5 (basse tension, ≤ 36 kVA), consommation annuelle 30 MWh. Le cabinet est occupé en journée du lundi au vendredi, peu d'usages nocturnes ou de week-end. L'électricité couvre chauffage (hiver) et climatisation (été).

Sur ce profil :

  • Une part significative de la consommation tombe sur les heures pleines hiver (HPH) — créneau qui recouvre largement les pointes du matin et du soir.
  • Le coefficient horosaisonnier capacité appliqué sera relativement élevé pour ce segment, parce que la consommation est concentrée sur les heures qui contribuent à la pointe nationale.
  • Avec un prix de garantie standard observé sur les enchères récentes, la prime capacité représente quelques euros par MWh dans le prix décomposé — soit, à la mode de grandeur, l'équivalent d'une centaine d'euros sur la facture annuelle de ce cabinet.

Ce niveau n'est pas anodin pour un client qui demande la décomposition du devis : c'est une ligne identifiable, qui justifie son existence par le mécanisme de sécurité d'approvisionnement, et qui varie d'une année sur l'autre. La rendre lisible évite qu'elle soit confondue avec une marge ou une taxe.

Un exemple chiffré sur un C4

Prenons cette fois une PME industrielle de transformation alimentaire. C4 (BT > 36 kVA), puissance souscrite 120 kVA, consommation annuelle 600 MWh. Activité en trois-huit du lundi au samedi, machines tournant en continu, peu de saisonnalité (l'activité est plus marquée en novembre-décembre pour les fêtes).

Caractéristiques du profil :

  • La consommation est répartie sur tous les postes horosaisonniers, y compris la nuit et le week-end. Les heures de pointe représentent une part proportionnellement plus faible que sur le cabinet d'avocats.
  • Le coefficient horosaisonnier capacité sera plus modéré en relatif (kW de capacité par MWh consommé), parce qu'une partie significative de l'énergie tombe sur des heures qui ne contribuent pas à la pointe.
  • En valeur absolue, cependant, la prime capacité du site est nettement plus élevée que sur le C5 — simplement parce que le volume est 20 fois supérieur. Sur la facture annuelle, on parle de quelques milliers d'euros par an, dans des conditions de prix de marché ordinaires.

Ce double effet — coefficient plus modéré, volume plus important — est typique du segment C4. Il a deux conséquences :

  1. La prime capacité est visible dans une décomposition de cotation à ce niveau de volume. Un client industriel qui demande à voir le détail le voit immédiatement.
  2. Les leviers de réduction sont réels : décaler une partie de la production hors pointe (effacement, déplacement de séries), revoir l'éclairage, négocier un agrément effacement. Sujet traité dans la page suivante.

La saisonnalité de la prime sur la facture

Un point souvent mal compris des clients : la prime capacité n'est pas étalée également sur l'année. Sur la facture mensuelle, elle pèse principalement en hiver — parce qu'elle est calculée sur la consommation des heures qui contribuent à la pointe, qui sont par construction des heures hivernales.

Conséquence concrète : un site qui regarde son seul mois de facture de février peut voir la prime capacité représenter un poids significatif sur ce mois, là où elle est quasi nulle sur la facture de juillet. Le calcul annuel est cohérent, mais la répartition mensuelle peut surprendre. C'est un point que le courtier doit anticiper dans le commentaire d'analyse de facture.

Certains fournisseurs lissent la prime sur les 12 mois (en facturant un montant constant), d'autres l'appliquent dynamiquement (forte en hiver, presque nulle en été). Lire le contrat permet de savoir laquelle des deux conventions s'applique.

Évolution d'une année à l'autre

Le coefficient horosaisonnier d'un client donné est relativement stable d'une année à l'autre, à profil d'activité constant. C'est le prix de la garantie qui fait varier la prime — et il varie d'une année de livraison à l'autre selon les enchères et les conditions d'équilibre.

Sur les contrats annuels (Cal+1), la prime capacité est figée pour l'année du contrat. Sur les contrats pluri-annuels (Cal+2, Cal+3), chaque année peut avoir une prime capacité différente, parce que chaque année de livraison a son propre prix de garantie. Deux pratiques de cotation existent :

Prime capacité année par année

Le contrat fait apparaître une ligne capacité distincte pour chaque année. La plus transparente, la plus correcte économiquement, mais elle complique la présentation du prix moyen.

Prime capacité moyenne lissée

Le fournisseur calcule une moyenne sur la durée du contrat et l'applique uniformément. Plus simple à présenter, mais opaque sur l'évolution sous-jacente.

Pour un courtier, savoir laquelle des deux conventions le fournisseur utilise est essentiel — c'est ce qui détermine si la prime annoncée sur la cotation est celle qui sera réellement facturée année après année, ou seulement une moyenne. Sur un Cal+3, l'écart entre la prime de la première année et celle de la dernière peut représenter plusieurs euros par MWh.

Ce qui n'apparaît pas dans la prime capacité

Trois lignes qui peuvent se confondre avec la prime capacité, et qu'il faut savoir distinguer :

  • La CSPE / accise sur l'électricité : une taxe perçue par l'État, qui finance des dispositifs publics. Elle apparaît en taxes, pas dans la décomposition HTT.
  • La CTA (contribution tarifaire d'acheminement) : finance les retraites des agents des industries électriques et gazières. Elle s'applique à la part fixe du TURPE et apparaît en ligne distincte sur la facture, hors HTT.
  • Le TURPE : le tarif d'acheminement, qui finance le réseau et non la production. Apparaît en ligne « acheminement », distincte de l'énergie et de la capacité. Voir notre guide TURPE 7.

Sur une facture B2B complètement décomposée, la prime capacité est une ligne dans la part « énergie », distincte du TURPE, distincte des taxes, distincte de la CTA. Elle finance un dispositif de marché — pas un service réseau, pas un prélèvement public.

La page suivante entre dans le détail du dispositif PP1/PP2 — comment RTE désigne les jours qui comptent dans le calcul, et comment un client peut, par effacement ou par déplacement, réduire sa contribution. Pointe mobile et signaux PP1/PP2.