GUIDE · MÉCANISME DE CAPACITÉ
Pointe mobile et signaux PP1/PP2
↳ quand le signal devient un levier
Comment RTE désigne les jours qui comptent dans le calcul de la capacité. Comment un client B2B peut réduire sa contribution en effaçant ou en déplaçant sa consommation.
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Les jours qui comptent vraiment
Dans le mécanisme de capacité, tous les jours de l'année ne se valent pas. Le dispositif est conçu pour concentrer son signal sur les heures les plus tendues du système électrique français — celles où la marge entre la production disponible et la demande est la plus faible. Ces heures-là, et seulement celles-là, déterminent à la fois l'obligation des fournisseurs et la prime capacité des clients.
RTE désigne ces heures à travers un dispositif appelé pointe mobile, déclinée en deux types de périodes : PP1 et PP2. Ces sigles reviennent partout dans les contrats B2B sérieusement rédigés, et il faut comprendre ce qu'ils recouvrent pour lire une cotation au-delà du chiffre.
PP1 et PP2 : la distinction
Les deux notions sont proches mais distinctes. Elles obéissent à des règles de désignation et à des usages différents dans le dispositif.
Les jours désignés quotidiennement par RTE pendant la période hivernale, sur la base des prévisions de consommation et de la marge disponible. Ce sont les jours où le système est jugé le plus tendu. Sur ces jours, certaines plages horaires (typiquement 7 h–15 h et 18 h–20 h) constituent les heures qui pèsent maximalement dans le calcul de l'obligation capacitaire.
Une catégorie plus large, désignée selon des critères similaires mais avec un seuil plus bas. Plus de jours dans l'année tombent en PP2 qu'en PP1. Les heures correspondantes pèsent moins lourd dans le calcul, mais elles pèsent. Les deux types se cumulent dans le calcul des obligations.
Concrètement, sur un hiver donné, on observe typiquement une dizaine à une vingtaine de jours désignés en PP1, et plusieurs dizaines de jours désignés en PP2. Les nombres varient d'une année à l'autre selon les conditions météo et le bilan électrique français. Les exploitants de capacité et les fournisseurs reçoivent la notification la veille pour le lendemain.
Comment RTE décide
La désignation des jours PP1 et PP2 ne suit pas un calendrier fixe. Elle est dynamique, calée sur la situation prévisionnelle du système électrique au jour le jour. Plusieurs paramètres entrent dans la décision :
- La consommation prévue, calculée à partir des prévisions de température et des courbes de demande historiques. Un hiver doux peut générer très peu de jours PP1 ; un hiver rigoureux en générera davantage.
- La production disponible prévue, somme des moyens pilotables disponibles, des productions renouvelables anticipées, et des imports possibles via les interconnexions.
- La marge entre les deux. Quand cette marge passe sous certains seuils, le jour est désigné — en PP2 si la tension est modérée, en PP1 si elle est forte.
Cette nature dynamique a une conséquence importante pour le courtage : on ne peut pas savoir à l'avance, en début d'année, combien de jours PP1/PP2 il y aura ni quand. On peut seulement les anticiper statistiquement à partir des historiques. Cette incertitude est ce qui fait que l'obligation finale d'un fournisseur n'est jamais connue avec précision avant la fin de l'année de livraison.
Impact sur la facturation B2B
Pour un client final, la mécanique se traduit ainsi : la consommation effectuée sur les jours PP1 et PP2, pendant les plages horaires désignées, pèse de manière disproportionnée dans le calcul du coefficient horosaisonnier.
Si l'on devait simplifier à l'extrême : sur une année de 8 760 heures, les heures qui « comptent » au sens du mécanisme représentent typiquement 100 à 300 heures — environ 1 à 3 % du temps. Mais ces heures-là déterminent la majeure partie de la prime capacité du client. C'est ce qui rend le levier d'action si puissant : agir sur 1 à 3 % de la consommation, à la bonne heure du bon jour, peut faire bouger significativement la facture annuelle.
Sur les sites équipés d'un compteur communicant, la consommation horaire des jours PP1/PP2 est mesurée précisément, et le coefficient appliqué l'année suivante reflète cette réalité. Sur les sites en profil-type (sans courbe de charge fine), c'est un profil-moyen qui s'applique — moins fin, mais réactualisé régulièrement.
Le levier de l'effacement
Si la prime capacité dépend de la consommation pendant quelques dizaines d'heures par an, alors réduire la consommation pendant ces heures-là est un levier d'optimisation directe. Deux approches existent.
Le site contractualise avec un opérateur d'effacement (Voltalis, Smart Grid Energy, Energy Pool, etc.). Sur les jours PP1/PP2, l'opérateur déclenche une réduction de consommation à distance (arrêt de chauffage, mise en veille d'équipements, déchargement de batteries). En contrepartie, le site reçoit une rémunération versée par l'opérateur, et bénéficie d'une réduction de son coefficient horosaisonnier reflétant l'effacement réalisé.
Sans contrat d'effacement formel, le site organise sa consommation pour éviter les heures de pointe sur les jours signalés. Sur les usages flexibles (production différable, stockage thermique, recharge de véhicules électriques, climatisation des serveurs), un report de quelques heures permet de sortir de la fenêtre PP1/PP2. Une fois mesuré sur la courbe de charge, le coefficient en sortie est mécaniquement plus bas.
Les deux approches peuvent se combiner. L'effacement explicite suppose un investissement (instrumentation, supervision, contractualisation avec l'opérateur) et convient aux sites industriels avec des charges pilotables significatives. Le déplacement de consommation est plus accessible — il s'organise par la planification, sans matériel additionnel — mais demande un suivi opérationnel rigoureux.
Comment savoir si un jour est PP1 ou PP2
RTE publie quotidiennement, pendant la période hivernale, la qualification du jour à venir. L'information est accessible :
- Sur l'application Écowatt de RTE, qui combine signal général grand public et précisions techniques pour les acteurs du marché.
- Sur le portail RTE Services pour les acteurs disposant d'un accès professionnel (fournisseurs, agrégateurs, opérateurs d'effacement).
- Auprès des opérateurs d'effacement et des fournisseurs eux-mêmes, qui diffusent l'information à leurs clients contractualisés.
Pour un site industriel ou tertiaire qui veut piloter sa contribution capacitaire en propre, l'abonnement à un flux quotidien (par API, par email, par notification push) est devenu une pratique standard. C'est l'équivalent du « tableau de bord météo » pour la facture électrique : l'information du jour conditionne l'action du jour.
Le rôle conseil du courtier
Pour un courtier qui suit un client B2B sur la durée, le sujet PP1/PP2 ouvre une posture de conseil au-delà de la simple cotation. Trois angles à exploiter selon le profil du client :
Sur un site C5 standard (commerce, bureau, cabinet), le levier est limité — la consommation est commandée par l'activité, peu flexible, et les volumes restent modérés. Le bon conseil consiste à expliquer la mécanique au client sans promettre un gain qui n'existe pas. La prime capacité reste une ligne pass-through que le client paye au prix du marché.
Sur un site C4 avec une part d'activité décalable (atelier, blanchisserie, station de lavage, supermarché avec groupes froids et fournitures), le levier est réel mais demande une analyse opérationnelle : quelle part de la consommation est techniquement décalable ? À quel coût pour l'exploitation ? Le conseil consiste à aider à faire le calcul, et le cas échéant à orienter vers un opérateur d'effacement.
Sur un site industriel C3/C2, le levier est significatif et souvent déjà identifié par le client. Le courtier joue un rôle d'intermédiation: mise en relation avec un opérateur d'effacement, négociation de la valorisation de l'effacement dans le contrat, mesure de l'impact sur le coefficient capacité.
Les pièges courants
Trois confusions souvent rencontrées sur le sujet PP1/PP2 :
Confondre les jours PP1/PP2 avec les jours EJP / Tempo. Le dispositif EJP a disparu pour la majorité des contrats, et Tempo est une option commerciale d'EDF sur les particuliers. Les signaux PP1 et PP2 sont distincts : ce sont des signaux de marché capacitaire, désignés par RTE pour le mécanisme de capacité, et ils n'ont pas de lien direct avec les couleurs Tempo (qui ont leur propre logique).
Confondre la pointe nationale et la pointe d'un site. Un site peut avoir sa propre pointe de consommation à un moment qui n'est pas une pointe nationale (par exemple, une station de ski qui consomme massivement à 14 h en mars). Le mécanisme de capacité ne traite que la pointe nationale: c'est la coïncidence entre la consommation du site et la tension du système qui compte.
Surestimer le levier d'effacement sur un site peu flexible. Sur un bureau classique sans systèmes pilotables (chauffage centralisé non programmable, éclairage commandé sur horaire fixe), le levier d'effacement est très limité — au mieux quelques pour cent de la consommation des heures de pointe. Promettre des gains conséquents sans audit préalable serait imprudent.
La page suivante boucle le guide en proposant les pratiques de cotation et de conseil que le courtier peut intégrer dans son cabinet. Perspective courtier.