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GUIDE · MÉCANISME DE CAPACITÉ

Les principes

↳ le mécanisme de capacité en cinq minutes

Ce qu'est le mécanisme de capacité, pourquoi il existe, qui en sont les acteurs. Le décor planté en cinq minutes, sans coefficients ni délibérations.

5 min de lecture · page 1 sur 5

Une assurance contre le froid

Un soir de février, vers 19 h. Toute la France allume le chauffage, rentre du travail, met en route les plaques de cuisson. La demande d'électricité grimpe à des niveaux que l'on ne voit qu'une poignée d'heures par an — parfois 100 GW sur quelques jours. Si une centrale s'arrête à ce moment-là, ou si une vague de froid tombe trop fort, le système doit pouvoir continuer à fournir. Sinon, c'est le délestage.

Le mécanisme de capacité a été créé pour traiter précisément ce risque. Il oblige chaque fournisseur d'électricité à détenir, en amont de l'hiver, des garanties de capacité couvrant la consommation de pointe de ses clients. Pas l'énergie qu'ils consommeront toute l'année — la puissance qu'ils appelleront le jour où le système est le plus tendu. C'est une assurance, achetée d'avance, payée par le consommateur final dans son tarif.

Le dispositif est entré en vigueur en 2017. Il est piloté par RTE, le gestionnaire du réseau de transport, qui certifie les capacités de production et d'effacement, organise le marché des garanties et contrôle le respect des obligations. La CRE en supervise les règles. Les fournisseurs achètent les garanties dont ils ont besoin ; les producteurs et les opérateurs d'effacement en vendent. Le consommateur B2B, lui, voit la facture apparaître dans son contrat sous l'intitulé « prime capacité ».

Pourquoi un mécanisme en plus du marché de l'énergie

La question est légitime : pourquoi ne pas laisser le marché de gros de l'électricité financer seul les centrales nécessaires aux pointes ? La réponse tient en une particularité physique. L'électricité ne se stocke pas industriellement à grande échelle. Une centrale qui ne tournera que 50 heures par an, mais qui doit être là ces 50 heures-là, ne peut pas financer son existence sur les seuls revenus de l'énergie vendue.

Sans dispositif complémentaire, deux phénomènes se produisent : les centrales de pointe ferment faute de rentabilité, et le risque de défaillance hivernale augmente. Le mécanisme de capacité rémunère la disponibilité, pas le kilowattheure. Une centrale touche un revenu pour être là le 16 janvier à 19 h — qu'elle tourne ou non. C'est ce signal-prix qui maintient le parc de pointe en état de marche.

Ce raisonnement vaut symétriquement pour l'effacement. Un industriel capable de baisser sa consommation de 5 MW à la demande de RTE pendant deux heures rend exactement le même service qu'une centrale qui produirait 5 MW pendant deux heures. Le mécanisme certifie donc aussi les capacités d'effacement, qui se négocient sur le même marché que la production.

Qui sont les acteurs

Quatre familles d'acteurs structurent le dispositif. Connaître leur rôle suffit à comprendre la suite.

RTE

Gestionnaire du réseau de transport, opérateur du mécanisme. Il calcule chaque année le niveau d'obligation, certifie les capacités, organise les enchères, contrôle le respect des engagements en hiver. C'est l'autorité technique du dispositif.

Les fournisseurs

Tout fournisseur d'électricité — EDF, TotalEnergies, Engie, Alpiq, et l'ensemble des acteurs alternatifs — porte une obligation de capacité calculée sur la consommation de ses clients en période de pointe. Pour la couvrir, il achète des garanties.

Les exploitants de capacité

Producteurs (centrales nucléaires, thermiques, hydrauliques, renouvelables) et opérateurs d'effacement. Ils certifient leur puissance disponible auprès de RTE, et reçoivent en contrepartie un nombre de garanties qu'ils peuvent vendre sur le marché.

La CRE

Commission de régulation de l'énergie. Elle valide les règles du mécanisme, surveille le bon fonctionnement du marché des garanties, et arbitre les évolutions structurelles.

Le consommateur B2B n'apparaît pas dans cette liste. C'est intentionnel : il finance le dispositif sans en être partie prenante. Le coût lui est répercuté par son fournisseur sous forme de prime capacité, à un niveau qui dépend de son profil de consommation hivernal.

Comment ça s'articule avec l'ARENH, puis avec le nouveau cadre

Pendant ses huit premières années, le mécanisme de capacité a coexisté avec un autre dispositif : l'ARENH — Accès régulé à l'électricité nucléaire historique. L'ARENH permettait aux fournisseurs alternatifs d'acheter à EDF une quantité d'électricité nucléaire à prix régulé, et venait avec un bonus capacité: les volumes ARENH étaient associés à des garanties de capacité, livrées avec l'énergie.

L'ARENH s'est terminé le 31 décembre 2025. Il a été remplacé par deux dispositifs nouveaux :

VNU

Versement Nucléaire Universel. Un mécanisme de partage de la rente nucléaire entre EDF et les consommateurs finaux, applicable au-delà d'un certain seuil de prix de marché. Il n'apporte pas directement de garanties de capacité aux fournisseurs : la prime capacité est désormais découplée de l'accès au nucléaire.

CAPN

Contrats d'Allocation de Production Nucléaire. Des contrats long terme entre EDF et certains acheteurs (industriels, fournisseurs) portant sur des volumes nucléaires et des paramètres associés. Plus structurants que des achats spot, mais ne se substituent pas à l'obligation capacitaire elle-même.

Conséquence concrète pour le courtage B2B : depuis le 1er janvier 2026, la prime capacité d'un contrat n'est plus partiellement absorbée par l'ARENH. Elle est intégralement portée par le marché des garanties, dont le prix est plus volatile et dépend davantage des conditions d'équilibre offre-demande année par année. C'est l'évolution majeure à intégrer dans la lecture des cotations 2026 et au-delà.

Le vocabulaire minimal

Avant d'aller plus loin, quelques termes qui reviendront partout dans ce guide.

Garantie de capacité

L'unité du dispositif. Une garantie représente 1 MW de puissance disponible sur une année de livraison donnée. C'est ce qui s'échange sur le marché entre producteurs (vendeurs) et fournisseurs (acheteurs).

Année de livraison

L'année civile pour laquelle les garanties sont valables. Une garantie « livraison 2026 » sert à couvrir l'obligation capacitaire d'un fournisseur sur la pointe hiver 2025-2026 et hiver 2026 — c'est-à-dire les jours froids de janvier-février-mars et novembre-décembre 2026.

PP1 et PP2

Périodes de pointe (PP1, PP2). Les jours, désignés par RTE, où les capacités certifiées doivent être effectivement disponibles. Concrètement, ce sont les journées hivernales les plus tendues. Un acteur défaillant sur ces jours-là perd une partie de ses droits.

Coefficient horosaisonnier capacité

Coefficient appliqué à la consommation d'un site pour calculer son obligation capacitaire individuelle. Plus la consommation tombe sur les heures de pointe hivernales, plus le coefficient — et donc la prime capacité du client — est élevé.

Avec ces bases, vous pouvez ouvrir la page suivante sans risque de vous perdre dans les sigles. La garantie de capacité entre dans le détail du marché, du calendrier d'enchères et des niveaux de prix observés.