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GUIDE · TURPE 7

Le tournant des heures creuses

↳ ce qui change vraiment

La vraie nouveauté du TURPE 7 n'est pas dans les coefficients. Elle tient en une réforme silencieuse : le déplacement des heures creuses vers l'après-midi, qui touche 11 millions de compteurs entre 2025 et 2027.

12 min de lecture · page 2 sur 5

La révolution silencieuse

On retiendra du TURPE 7 ses coefficients révisés, son démarrage plat, sa hausse exceptionnelle de février 2025. Et on passera à côté de l'essentiel. La vraie rupture du cadre 2025-2029 n'est pas dans la grille — elle est dans la manière dont les heures creuses elles-mêmes sont redéployées sur la journée.

Entre novembre 2025 et fin 2027, 11 millions de compteurs verront leurs plages d'heures creuses modifiées. C'est le premier remaniement structurel du dispositif HP/HC depuis sa généralisation dans les années 1970. Le mécanisme reste le même — huit heures creuses par jour, deux prix dans la journée — mais la logique change, et avec elle l'usage qu'on peut en faire.

Pourquoi maintenant : trois forces qui se rencontrent

Le placement historique des heures creuses, posé dans les années 60 puis affiné à la marge, reposait sur une intuition simple : la nuit, tout le monde dort, le réseau est sous-utilisé. On pouvait donc proposer un tarif d'acheminement plus bas pour pousser certains usages — ballons d'eau chaude, machines à laver — vers ces heures-là. Le système a très bien fonctionné pendant cinquante ans.

Trois évolutions ont rendu ce schéma obsolète :

Le photovoltaïque décentralisé. La France comptait 2 GW de capacité solaire installée en 2010, plus de 20 GW en 2024. Cette production arrive massivement en milieu de journée, particulièrement entre 11h et 17h en été. Le réseau, qui devait absorber un pic de consommation à ces heures-là, doit désormais absorber un excédent de production. L'après-midi est devenu, en été, le moment le moins cher de la journée — l'inverse exact de ce qu'il était il y a vingt ans.

Le télétravail et la programmation des usages. Une partie significative de la population est désormais à domicile en milieu de journée, et programme sa consommation (lave-linge, lave-vaisselle, recharge de véhicule électrique) en fonction du tarif. Les gestes que les anciennes HC nocturnes encourageaient — décaler la chauffe d'eau à 23h — sont aujourd'hui réalisables aussi bien à 14h, à condition que la tarification suive.

L'évolution du parc nucléaire. Les centrales nucléaires, qui assuraient un fond de production constant à coût bas la nuit, restent essentielles mais ne suffisent plus à structurer seules le creux nocturne. Les nouveaux usages flexibles (véhicules électriques, pompes à chaleur, stockage) ont besoin d'un signal tarifaire qui tienne compte des deux moments d'abondance — la nuit et l'après-midi.

La délibération 2025-78 a tiré les conséquences de ces trois évolutions. Le TURPE 7 ne se contente pas d'ajuster un tarif : il redessine la grille temporelle sur laquelle ce tarif s'applique.

Les nouvelles règles de placement

Le mécanisme garde sa structure : huit heures creuses par jour, deux prix d'acheminement, un placement fixé par le gestionnaire de réseau et non choisi par le client. Ce qui change, c'est la grille de répartition.

Trois règles désormais s'appliquent :

  1. Au moins 5 heures consécutives la nuit, dans la fenêtre 23h–7h. Cette plage nocturne reste la colonne vertébrale du dispositif. Elle préserve l'usage classique (ballons d'eau chaude, recharge VE longue durée) et garantit le maintien du système pour les sites sans usage flexible diurne.
  2. Jusqu'à 3 heures l'après-midi, dans la fenêtre 11h–17h. C'est la nouveauté. Pour la majorité des compteurs, une partie des HC nocturnes va basculer sur ce créneau, profitant des heures où la production solaire est la plus abondante.
  3. Deux plages désormais interdites : 7h–11h et 17h–23h. Ces heures correspondent aux pics de demande matinaux et vespéraux. Les sites qui avaient historiquement des HC mal placées dans ces créneaux les verront déplacées.

Le client ne choisit pas où sont placées ses heures creuses. Le gestionnaire de réseau les attribue en tenant compte des contraintes locales — pour éviter, par exemple, que tous les chauffe-eaux d'un quartier ne démarrent simultanément à 14h00 et ne créent une pointe artificielle. Deux compteurs voisins peuvent donc avoir des plages HC légèrement différentes.

Le rôle de la saison

Le TURPE 7 introduit une dimension qui n'existait pas dans les versions précédentes : les heures creuses peuvent désormais différer entre été et hiver.

La logique est physique. En été, le solaire produit en abondance entre 11h et 17h ; l'après-midi est le moment où le réseau a besoin de consommation pour absorber cette production. En hiver, le solaire produit peu, la demande est haute (chauffage électrique), et créer une pointe de consommation en milieu de journée serait contre-productif. Les saisons appellent donc des grilles différentes.

Été

Du 1er avril au 31 octobre. Au moins 2 heures creuses obligatoires l'après-midi (créneau 11h–17h) pour les clients dont les HC sont modifiées. Le reste est placé la nuit.

Hiver

Du 1er novembre au 31 mars. Les 8 heures creuses peuvent être intégralement nocturnes, parce que la production solaire est trop faible pour justifier un créneau diurne et que la demande hivernale ne doit pas être stimulée le jour.

Pour un site donné, cela peut signifier deux grilles HC dans l'année — une d'avril à octobre, une autre de novembre à mars. La transition se fait automatiquement, sans démarche du client. Mais la cotation d'acheminement, elle, doit en tenir compte : un site à profil saisonnier marqué (commerces touristiques, restauration) verra son coût annuel d'acheminement piloté différemment selon la grille appliquée à chaque période.

11 millions de compteurs, deux phases

Tous les compteurs HP/HC français ne basculent pas simultanément. Le déploiement s'étale sur deux ans, avec une logique de priorité claire.

Sur les 14,5 millions de clients en option HP/HC en France, 3,5 millions ont déjà des heures creuses conformes aux nouvelles règles — ils ne sont pas concernés. Les 11 millions restants seront traités en deux phases :

Phase 1

Novembre 2025 à juin 2026. 1,7 million de clients dont les HC actuelles cumulent des plages d'après-midi et de nuit. Ces compteurs sont les premiers parce qu'ils ont déjà la « plomberie » technique de la double-plage — il s'agit de recadrer, pas de réinventer.

Phase 2

Décembre 2026 à octobre 2027. 9,3 millions de clients dont les HC sont aujourd'hui exclusivement nocturnes. Pour eux, le basculement implique un changement de logique : intégrer un créneau après-midi, gérer la distinction été/hiver. C'est le gros de la réforme.

Chaque fournisseur d'électricité est informé six mois à l'avance des compteurs concernés par la prochaine vague. Le client final reçoit l'information de son fournisseur au moins un mois avant la modification effective de ses plages.

Le périmètre professionnel

La réforme HC ne traite pas tous les segments tarifaires de la même manière. C'est un point souvent mal compris, qui mérite d'être précisé.

Les sites C5 — basse tension, puissance souscrite ≤ 36 kVA — sont concernés au même titre que les particuliers, et selon les mêmes règles. La distinction « particulier » ou « professionnel » est ici sans pertinence : c'est la classe tarifaire qui commande. Un cabinet d'avocats de quartier, un commerce de centre-ville, une boulangerie, un petit bureau, tous tombent sous le régime HC réformé.

Une nuance opérationnelle pour les pros C5 : Enedis a annoncé qu'il traiterait les clients professionnels en fin de chantier, soit au second semestre 2027. Les pros sont donc dans la phase 2, et plutôt vers la fin. Cela laisse aux courtiers un horizon de planification clair.

Les segments C4, C3 et C2 — au-delà de 36 kVA, ou en HTA — ne sont pas traités dans la phase 2025-2027 du TURPE 7. La CRE indique qu'ils seront « traités séparément, à une échéance qui n'est pas encore fixée ». Cela suggère une seconde vague réglementaire dans les prochaines années, dont les contours restent à définir. Les courtiers spécialisés sur ces segments doivent anticiper sans pouvoir encore cotiser : la grille existante reste applicable pour le moment.

Côté options tarifaires côté pros, le choix dépend du segment :

SegmentOptions disponiblesLogique
C5CU4, MU44 plages temporelles, compatibles avec la grille réformée
C4, C3, C2CU, LU2 plages, héritage du TURPE 6

Pour un courtier qui gère du C5 tertiaire, le basculement vers CU4/MU4 devient la nouvelle norme — et l'analyse de la courbe de charge devient le réflexe initial.

Pour aller plus loin

Cette page se concentre sur la réforme HC. Pour replacer ces règles dans le cadre général ou descendre au niveau du barème :

Sources officielles